Un roman haïtien sélectionné pour le Goncourt a fait résonner l’exil de Jean Métellus, avant de rouvrir, quelques semaines plus tard, une question au cœur du travail de l’AAJM : à quoi reconnaît-on qu’une écriture est humaine ?
Olivier Métellus – 22 octobre 2026 – 4 min de lecture

« Pourquoi, Papa, tu es venu en France ? »
Cette question, les fils de Jean Métellus l’avaient posée à leur père. Bien des années plus tard, le titre du roman de Thélyson Orélien, publié chez Grasset, est venu donner à sa réponse une force saisissante : C’était ça ou mourir.
Le livre raconte l’histoire de Jonas Dorléon, professeur d’histoire contraint de fuir Haïti après l’embrasement de son quartier. Partir n’y est plus un choix, mais la condition pour rester vivant.
Deux époques, une même alternative
En 1959, Jean Métellus, qui avait lui aussi enseigné en Haïti, quittait son pays sous la dictature de François Duvalier. Le roman ne raconte évidemment pas son histoire : les époques, les circonstances et les parcours diffèrent. Pourtant, lorsque la famille a parlé de ce livre, Jean-Jacques Métellus a eu ce mot :
« C’est exactement ce que nous disait Papa. »
Jean-Jacques a consacré à son père une chanson dont le titre dit l’essentiel : « Jean Métellus : Haïti ne m’a jamais quitté ». Médecin, neurologue, linguiste, poète, romancier et dramaturge, Jean Métellus a passé sa vie à écrire son pays, sa mémoire, ses blessures et ses espérances. L’exil éloigne d’une terre ; l’écriture permet parfois de continuer à l’habiter.
En septembre, l’AAJM avait salué la présence de C’était ça ou mourir dans la première sélection du Prix Goncourt 2026 : une reconnaissance importante pour son auteur et pour la littérature haïtienne.
Quand la machine juge l’écriture
Quelques semaines plus tard, le roman a été retiré de la sélection, sur fond d’accusations de recours à l’intelligence artificielle. Des outils de détection de l’IA sont entrés dans le débat.
L’AAJM n’est ni juge ni avocate dans cette affaire. Mais elle ne peut ignorer la question qu’elle pose. Le 15 décembre 2025, à la Maison de l’Amérique latine, l’association demandait si une IA pouvait produire de l’émotion ou seulement en imiter les signes. Dix mois plus tard, la question s’est retournée : on demande désormais à des machines de déterminer si un humain a vraiment écrit.
Une interrogation demeure, que l’œuvre de Jean Métellus, linguiste autant qu’écrivain, rend particulièrement vive : que voit un détecteur lorsqu’il lit un français venu d’ailleurs, d’Haïti, des Caraïbes, de toute la francophonie, avec une autre langue en dessous ou au-dessus ?



Rendez-vous le 14 décembre 2026
L’intelligence artificielle n’est plus seulement une affaire de performance. Elle touche la langue, la création, la transmission et, donc, notre responsabilité. Le 14 décembre 2026, à la Maison de l’Amérique latine, l’AAJM reprendra cette conversation pour l’Acte II d’« IA et Littérature ». Ensemble, et sans juger personne.
Il existe des départs qui sauvent une vie, et des livres qui empêchent un pays de vous quitter tout à fait. Lisez Thélyson Orélien.
Association des Amis de Jean Métellus
Pour aller plus loin
- « C’était ça ou mourir » : quand Thélyson Orélien fait résonner l’exil de Jean Métellus — oliviermetellus.fr, 24 septembre 2026
- Intelligence artificielle et littérature : retour sur la première édition — 15 décembre 2025





