Deux textes dans lesquels Jean Métellus se souvient du poète Paul Laraque et de Pierre Claude, dont la vie est restée profondément liée à Jacmel.
Hommage à Paul Laraque
Jean Métellus · 17 mars 2007
Paul s’en est allé, on ne le verra plus enthousiaste, chaleureux, vibrant et ce qui nous manquera le plus, c’est sa voix, cette voix coulée dans le bronze, la ferveur et la fraîcheur, cette voix qui réveillait en nous à l’autre bout du fil l’odeur vraie et sincère de l’amitié.
J’ai rencontré Paul très tard lors d’un voyage aux Etats-Unis, mais je connaissais Jacques Lenoir depuis longtemps. J’ai toujours dit à mes amis à propos de mon séjour aux U.S.A que chez Paul et Marcelle, j’étais plus heureux que dans un hôtel à étoiles illimitées. J’étais à l’étranger une fois de plus, mais avec l’impression d’être vraiment chez moi. En vérité, nulle part, je n’ai été aussi bien reçu et je pense que personne ne peut comprendre la solidité des liens qui se sont alors créés entre lui et moi.
Nous nous téléphonions souvent, très souvent, le problème des notes de téléphone était le cadet de nos soucis. Moi j’aimais entendre sa voix, lui voulait de mes nouvelles. On se faisait part de nos projets, de nos espoirs et aussi de nos déceptions, oui nous nous parlions souvent, c’est un temps révolu. Mais nous restent sa photo, ses poèmes et l’ensemble de ses textes.
Nous avons eu le bonheur de le recevoir, lui et son épouse Marcelle dans notre pavillon de banlieue à Bonneuil. Daniel Arty était là, Jean-Claude Charles aussi, c’était probablement à la fin du printemps car nous étions dans le jardin.
Paul était vivant, fougueux, Marcelle tendre et lumineuse. Entre Haïtiens, nous avions naturellement refait le pays qui apparemment n’a pas beaucoup changé malgré nos vœux, nos souhaits et notre détermination.
Depuis, Daniel Arty est mort et Marcelle Laraque aussi. L’assistance de cette réunion printanière s’est considérablement amenuisée mais le souvenir en reste vif.
L’œuvre de Paul Laraque nous livre sa vérité sur « la femme, l’amour, le pays, la révolution universelle qui sont des thèmes intégrés dans la majorité de ses poèmes » comme l’a écrit son frère Franck dans la préface aux « Oeuvres Incomplètes ».
Je retiendrai de Paul l’image d’un grand poète, d’un mari exemplaire, d’un homme d’une extrême bonté, d’une convivialité à toute épreuve, d’une générosité et d’un courage incomparables, aux convictions inébranlables, bref d’un grand humaniste.
Nous reviendrons probablement à froid sur son œuvre de poète et de militant mais Paul peut désormais dormir en paix. Car son esprit est parmi nous.
Un hommage à Monsieur Pierre Claude, un grand Jacmélien
Jean Métellus · Publié dans Le Matin en Haïti et repris le 17 mars 2007.
Pierre Claude nous a quittés le jeudi 14 septembre 2006 à 5 heures a.m, à la suite d’une longue maladie dans le service de soins palliatifs de l’hôpital Cognacq-Jay à Paris.
Pélasge, Valcin, Murat, Pierre Claude est né le 18 août 1926 d’un père haïtien, Rodolphe Claude, chirurgien – obstétricien et d’une mère française tout entière adonnée aux activités du foyer, à l’éducation de ses trois enfants et au bonheur familial.
À l’époque la vie, pour un petit garçon de milieu aisé, était presque idyllique dans la ville de Jacmel et la campagne environnante. Pierre Claude aimait évoquer les moments champêtres passés par sa mère à dos d’âne ou de cheval dans les plaines et les petits mornes des environs, pour traverser les innombrables passes d’eau, les ruisseaux, les rivières, comme s’il voulait faire partager les plaisirs de son enfance et de cette période que l’on peut qualifier de révolue pour l’instant. Tout, semble-t-il, était alors, pour le jeune Pierre, calme, enchantement et félicité. Mais les bonnes choses n’ont qu’un temps.
Les premières années d’éducation terminées, Madame Rodolphe Claude rentre à Paris avec ses enfants, Pierre, Yves et Denise.
Pierre se détourne de la profession paternelle et préfère regarder vers des formations en prise avec la société et les institutions. Il aborde alors des études commerciales supérieures : à Paris, le droit, l’administration générale des sociétés et à Genève, les relations internationales. Autant dire que Pierre a choisi d’évoluer sur une orbite personnelle. Il épouse Dominique Berthelot qui lui donnera deux belles petites filles, Valérie et Pauline.
Et son activité, à partir de 1952 – il n’a que 26 ans – va couvrir plusieurs domaines. De 1955 à 1975, il sera administrateur des sociétés du groupe « La société générale de surveillance S. A Genève » au Maroc et accomplira des missions spéciales dans les autres pays du Maghreb et dans certains pays de l’Afrique francophone.
Puis progressivement il s’occupera de la marocanisation de certaines sociétés, de la diversification, de la recherche et du lancement d’activités nouvelles, des relations avec le gouvernement et l’administration marocains, de missions d’études économiques dans les autres pays d’Afrique du Nord (Tunisie, Algérie) et dans certains pays africains, Sénégal et Cameroun.
Il accomplira des stages de formation / recyclage à Paris et dans les principaux ports français et européens Marseille, Rouen, Bordeaux, Rotterdam, Liverpool, Hambourg, Barcelone…).
Simultanément il sera, de 1970 à 1973, Attaché au Cabinet de Son Excellence le Premier Ministre du Maroc, Mr. Mohamed Karim-Lamrani.
De retour en Haïti il devient Conseiller à la Direction Générale de l’Activité Portuaire Nationale pour la mise sur pied, le lancement et le suivi de la convention entre le port autonome de Rouen et l’autorité portuaire nationale, il est aussi correspondant en Haïti de nombreuses firmes françaises parmi lesquelles : les Coopératives agricoles de la Manche et du Morbihan, la Société française d’Etudes thermiques et d’Energie solaire, la Société Lyonnaise des Eaux, l’Office général de l’air, la Société Bouygues, enfin il entretenait d’étroites relations avec la mairie de Suresnes (92 France) dans le cadre du jumelage avec la mairie du Cap Haïtien.
Voilà, à grands traits, les activités d’un homme qui a vécu pour son pays après avoir été successivement Consul honoraire d’Haïti à Casablanca, Conseiller privé du Premier Ministre du gouvernement marocain et qui a reçu plusieurs distinctions dont le titre de Chevalier de l’Ordre du OUISSAM ALAOUÏTE (Maroc) et celui de Grand Officier de l’Ordre National « HONNEUR ET MÉRITE » (Haïti).
L’homme qui vient de disparaître à 80 ans est, comme vous l’avez constaté, un grand jacmélien. Où qu’il fût, dans les réunions publiques ou les salons parisiens, Pierre avait toujours en tête la situation politique, matérielle, sociale, sanitaire et humaine de la ville de Jacmel. Il y pensait en permanence.
En famille, avec sa sœur Denise et ses deux filles, Pierre respirait la joie et le bonheur. Nous l’avons souvent reçu chez nous, ma femme et moi, il venait parfois accompagné de Valérie qui nous parlait toujours avec fierté et émotion de ses trois enfants, Charles, Rodolphe pour garder la mémoire du grand-père et Bertile, une adolescente pétillante de malice. Nous avons moins souvent rencontré Pauline, mère de deux adorables fillettes, Sybil et Maëliss car elle n’habite pas la région parisienne. Ses cinq petits enfants et ses deux filles formaient autour de lui un havre de paix. Mais je m’en voudrais de ne pas citer la présence attentive à ses côtés, pendant la deuxième partie de sa vie de Yolande Montas-Claude, sa deuxième épouse : elle sait recevoir comme personne les amis de Pierre ; nous l’avions régulièrement au téléphone et elle n’oubliait jamais de nous faire parvenir quelques produits-pays comestibles ou non, elle manifestait comme Pierre de grandes qualités de cœur.
La vie professionnelle et la vie privée, intime de Pierre ont toujours été marquées par une grande générosité, la bonne humeur et l’espoir pour les siens et pour son pays. Même aux moments les plus durs de la vie politique haïtienne, je n’ai jamais vu Pierre miné par le découragement. C’était un grand citoyen haïtien et un grand patriote.
Sa vie de famille, ses relations tendres et chaleureuses avec ses deux filles, Valérie et Pauline, avec ses petits-enfants, son attention vigilante envers ses amis, tout prouve que Pierre était un homme de cœur.
Pierre était un catholique non pas pratiquant mais respectueux des dogmes de son église et au lendemain de mon avant-dernière visite, je n’ai pas été étonné d’apprendre qu’il avait reçu l’extrême onction. Nous appartenions à un même club philosophique et nous avions en commun une certaine vision du grand architecte. Il n’a jamais renié cet humanisme là.
C’est un homme de bonne volonté qui vient de passer à l’orient éternel.





